L’exploitation des réseaux socionumériques par les organisations terroristes

avril 14, 2017 • Articles récents, Derniers articles, Les infos du numérique, Media et Politique, Media et Politique • by

Les médias sociaux

Face à l’utilisation croissante et continue des réseaux socionumériques par toutes les tranches d’âge et les différentes classes sociales et avec leur utilisation pour répandre l’extrémisme et appeler à la pratique du terrorisme, il est devenu nécessaire de mettre l’accent sur le rôle joué par ces sites dans l’embrigadement des jeunes par des organisations terroristes.

C’est le thème qui a été traité par la revue de l’Union Arabe de la Radiodiffusion (ASBU). Dans son premier numéro de 2016, la revue a publié une étude du chercheur marocain et professeur à l’Institut supérieur de l’information de la communication à Rabat Benaïssa Asloun intitulée « Les réseaux sociaux: des plates-formes vivantes exploitées par l’industrie de la mort et de la terreur».

Selon cette étude, les « organisations extrémistes et terroristes se sont rendues compte de l’efficacité des réseaux sociaux et des plateformes virtuelles qu’elles ont considérées comme sûres pour la mise en œuvre de leur idéologie. Ainsi, elles ont remarquablement exploité ces plateformes pour promouvoir les idées du nihilisme et gagner des sympathies».

Asloun a démontré que la facilité d’infiltration des organisations extrémistes sur les réseaux sociaux dont Facebook, Twitter et YouTube, a permis à ces organisations d’attirer un grand nombre de jeunes , de « les recruter et de les inciter » à travailler pour les éléments terroristes.

L’étude a révélé que l’organisation terroriste « Daech » est l’un des organisations qui utilisent le plus les réseaux sociaux par rapport aux organisations terroristes qui l’ont précédées, dont « Al-Qaïda » et « Boko Haram ». Selon la même étude, les avantages de Facebook, Twitter et YouTube résident dans leur accessibilité à de faibles coûts. Ces avantages ont permis d’augmenter le taux de participation sur ces sites par rapport aux moyens de communication traditionnels.

La caractéristique la plus importante de ces sites est qu’ils ne sont pas soumis à un contrôle strict. Ces sites ne bloquent un compte qu’après la réception d’un grand nombre d’alertes de la part des utilisateurs. Cette procédure permet la durabilité de ces comptes surtout que leurs public est composé de personnes intéressées par leurs publications. Ainsi, ils ne considèrent pas le contenu comme une provocation terroriste. Par ailleurs, les organisations terroristes profitent de la facilité de camouflage dans la création de nouveaux comptes (au cas de la fermeture des autres comptes).

Un autre avantage est celui de la facilité de promotion et de publicité des actes terroristes commis par ces organisations en accélérant la rapidité de diffusion de l’information. Ces organisations peuvent, par conséquent, publier des contenus et promouvoir l’extrémisme dans un court laps de temps en ciblant le plus grand nombre possible de personnes et en étendant l’influence de cette organisation dans plusieurs domaines à travers ce qu’on appelle « apporter le soutien, déclarer la loyauté ou encore faire un ‘serment d’allégeance’ virtuel».

L’étude a révélé que ces organisations comptent sur les réseaux sociaux non seulement pour attirer, mais aussi pour «montrer leur force dans le but de mobiliser des foules ou d’intimider ses adversaires» ou encore pour passer des lettres tantôt menaçantes tantôt festives pour ceux qui sont considérés comme des ennemis. Des techniciens spécialisés dans la publicité et la promotion en ligne assurent cette mission.

Parmi les références citées dans cette recherche, une autre étude menée par le Centre de la politique au Moyen-Orient. Cette recherche a montré que l’organisation terroriste « Daech » pourrait promouvoir des idées terroristes par le biais de 46000 comptes Twitter utilisés pour diffuser des Tweets intensifs ciblant de nouveaux éléments.

« Daech » adopte l’usage de Twitter parce qu’il permet une publication instantanée des nouvelles. Il suffit de taper le mot-clé pour obtenir des photos et des nouvelles liées à l’événement, qui est généralement l’œuvre des membres de ces réseaux terroristes.

L’intérêt porté par « Daech » aux réseaux sociaux ne s’est pas limité à la promotion à travers les sites connus. L’organisation terroriste a lancé en 2015, une application gratuite sur les smartphones où elle publie ses nouvelles à travers Twitter sous le nom de « l’aube des présages. » L’application est basée sur la diffusion spontanée de tweets à l’ensemble des abonnés. Les tweets représentent généralement des photos et des vidéos glorifiant le travail de l’organisation. Le nombre de tweets diffusés par l’application a atteint les 40 mille tweets par jour.

Twitter est employé essentiellement pour la diffusion des nouvelles vu que le site n’est pas autorisé à publier un Tweet dont le nombre de lettres dépasse les 140 caractères. Son avantage réside dans le hachtag : il suffit d’ajouter « hachtag (#) » dans le message pour atteindre ceux qui suivent ce sujet avec la possibilité d’une mise à jour rapide des nouvelles et des événements.

Quant à Facebook, l’étude a démontré que « c’est un moyen pour l’échange d’informations relatives à tout ce qui est pratique et tactique, comme le mode de fabrication des bombes, l’utilisation des armes ainsi que les techniques de tir ». Il est également utilisé comme un média et un moyen efficace de propagande et de diffusion des idéologies extrémistes.

Toujours selon la même source, le public qui suit les organisations terroristes sur les réseaux sociaux est divisé en deux grandes catégories à travers les pages web qui sont à leur tour divisées en deux types de pages extrémistes, à savoir les pages officielles qui sont gérées par des groupes et les pages non officielles. Le deuxième type de pages est soutenu, quant à lui, par les partisans et sympathisants. Leur fonction principale est de faire la publicité à travers les personnes qui ont été indirectement embrigadées.

Pour atteindre l’objectif de recrutement par le biais des réseaux sociaux, les groupes adoptent une méthodologie bien structurée basée sur trois étapes interdépendantes.

Une première phase qui se concentre sur la stimulation sentimentale en provoquant l’émotion par la l’appel à la défense de la religion et des valeurs sacrées. Pour ce faire, les organisations propagent des textes religieux et des images de la souffrance des musulmans, accompagnées d’appels au soutien aux musulmans et aux opprimés.

La deuxième phase est celle de la promotion des idées « djihadistes ». Elle est liée au rôle des réseaux dans la promotion de l’information soutenant les groupes extrémistes et appelant à rejoindre les zones de « la terre du califat ».

La troisième phase est « un mouvement qui assure la transition de l’excitation des émotions et de l’influence intellectuelle et idéologique à la participation active par la force et la violence. Et ce, en appelant les personnes polarisées à mener des opérations terroristes dans leur environnement visant ceux qui sont considérés comme des « infidèles ».

L’importance de cette étude réside dans le fait qu’elle ait été élaborée après les modifications que les sites de réseaux sociaux on cherché à mettre en place pour réduire leur exploitation par des organisations terroristes.

Aujourd’hui, de nombreux pays cherchent à développer un système plus efficace pour l’éducation de leurs citoyens au sujet de ces organisations terroristes et pour supprimer les comptes glorifiant le terrorisme et la violence en plus du renforcement du contrôle sur les flux monétaires sur Internet.

N.B : Cet article a été publié la première fois sur le site Arabe de l’Observatoire Arabe du Journalisme. Il est traduit par Yosr Belkhiria

Crédité photo @ISARTA

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