Les médias tunisiens ont-ils réussi l’épreuve de la liberté ?

septembre 4, 2016 • Articles récents, Derniers articles, Liberté de presse et censure, Media et Politique • by

Couverture de l'ouvrage

Couverture de l’ouvrage

Depuis la révolution du 14 janvier 2011, la scène médiatique tunisienne a vécu plusieurs mutations dont l’émergence des sites web des groupes islamistes, notamment sur les médias sociaux. Cela a été l’objet d’un article présenté par Kayla Branson, chercheure au sein du Groupe consultatif sur les risques à l’Université de Cambridge, et publié en 2015 dans un ouvrage collectif intitulé «Les médias en période transition politique : le cas de la Tunisie ».

L’auteure a confirmé le recours de ces groupes islamistes aux médias sociaux comme un espace alternatif pour contester le contenu des médias officiels en Tunisie. D’ailleurs, le mouvement salafiste Ansar al-Sharia classé terroriste et interdit en Tunisie, a tendance à utiliser Internet comme un moyen de propagande pour ses principes, par le biais des « entretiens semi-structurés » avec les militants islamistes sur le web, les blogueurs et les professionnels des médias.

Un autre article co-signé par Pr Alexis Artaud de la Ferrière, du département de l’éducation et de l’enseignement à l’Université de Cambridge et Pr Narseo Vallina-Rodriguez, a confirmé que la transition politique a contribué à la réécriture des textes juridiques qui limitent la liberté d’utilisation d’Internet et l’examen des partenariats établis entre les fournisseurs d’accès à Internet dans les secteurs public et privé.

Par ailleurs, Roxane Farmanfarmaian a signalé dans la préface de cet ouvrage que la mise en place de médias libres compte parmi les principes fondamentaux du projet démocratique en Tunisie. Après avoir été soumis avant 2011, au contrôle de l’Etat, les médias en Tunisie sont devenus libres et indépendants après la révolution. Cela a conduit à la mise en place de nouvelles pratiques journalistiques et à la naissance de nouveaux organismes en vue de réguler le secteur, à savoir l’Instance Nationale pour la Réforme du domaine de l’Information et de la Communication (INRIC) et la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA).

Du chaos à la régulation de la liberté

En ce qui concerne la relation entre les médias et l’Etat, George Joffe, Professeur au département des études politiques et internationales à l’Université de Cambridge, a mis l’accent sur la manière avec laquelle les médias interagissent avec la culture dominante. Il a ainsi confirmé que le gouvernement tunisien a eu du mal à s’adapter au nouveau contexte de liberté d’opinion et d’expression puisqu’il était en conflit avec les médias durant la période de transition. L’auteur a rappelé que la Tunisie jouissait d’une liberté de presse partielle, selon les rapports de Freedom House, publiés en 2012 et 2013. Cela a été également confirmé dans les rapports mensuels du Centre de Tunis pour la Liberté de la Presse qui observe les agressions physiques et les restrictions professionnelles commises contre les journalistes. S’ajoute à cela la mise en œuvre tardive des décrets-lois 115 et 116 qui représentent le nouveau cadre juridique garantissant la liberté de presse en Tunisie.

Quant à la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA), la Présidence de la République a nommé ses neufs membres, conformément aux exigences du décret-loi 116. Cette autorité a démarré ses fonctions le 3 mai 2013. Mais l’intervention du gouvernement dans les nominations des dirigeants de l’audiovisuel public a été critiquée par le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) surtout qu’elles ont été faites sans consultation des organismes professionnels. Le chercheur a souligné à la fin de son article que les pratiques sont déterminées par la culture et la mentalité, indépendamment du régime mis en place.

Dans un autre article scientifique, Dr Roxanne Farman a souligné le climat de concurrence qui s’est établi autour du contrôle réglementaire, des pratiques partisanes et des ressources financières, qui favorisent de nouvelles pratiques commises par des organismes travaillant pour saper le pouvoir de l’Etat. La chercheure a signalé ainsi les tentations de contrôle des médias au cours des trois dernières années en Tunisie. Ce contrôle des médias fait partie des manœuvres politiques et de la pression sociale.

En ce qui concerne le rôle de la société civile dans l’émergence de médias démocratiques, ce sujet a été abordé par Samar Samir Mezghanni, chercheure à la Faculté des études asiatiques et du Moyen-Orient à l’Université de Cambridge, qui a mis l’accent sur le rôle des radios web locales, lancées par des organisations non-gouvernementales, dans le renforcement de la participation des jeunes dans le développement de leurs capacités en tant que producteurs et consommateurs et expérimentés. Ce qui contribue au renforcement de la participation des citoyens aux affaires d’intérêt public et ce, par le biais des plateformes de médias de proximité.

En conclusion, cet ouvrage, publié à la fin de 2015 par le Centre Al Jazira des études et l’Université britannique Cambridge, est le résultat d’une observation scientifique portant sur les médias tunisiens durant la période de la transition politique que connaît la Tunisie depuis 2011. Il présente les différentes facettes du paysage médiatique en Tunisie avant et après la révolution de janvier 2011.

Remarque: Cet article a été publié en premier temps dans la version arabe de AJO

Droits d’image, Centre AL Jazeera des études

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