Pourquoi le journalisme a (maintenant) besoin de scientifiques ?

juin 9, 2017 • Articles récents, Derniers articles, Journalisme spécialisé • by

Près de 12 mois après le référendum de l’UE et six mois après l’élection présidentielle aux États-Unis, nous connaissons encore peu l’impact des « bots », des fausses nouvelles et du ciblage des électeurs sur ces événements politiques majeurs.

Cependant, au moins pour les médias, la réponse devrait être claire: les médias devraient embaucher plus d’experts avec des maîtres et des doctorants dans des disciplines telles que l’informatique, la physique, les statistiques et les mathématiques.

À l’ère des cyber-attaques globales, « Cambridge Analytica », des robots politiques et des algorithmes répandant des informations erronées à une échelle sans précédent, les compétences traditionnelles en journalisme ne suffisent plus pour traiter ces problèmes complexes.

Les médias du futur ont besoin des bonnes personnes

La raison en est simple. Même pour les scientifiques qui recherchent ces sujets, rester à jour avec les derniers développements, et encore plus écrire à propos d’eux, peut être un défi.

Comment un journaliste, ayant un diplôme d’anglais ou de sciences politiques par exemple (avec le respect qu’on lui doit), espère-t-il avoir une compréhension approfondie de la myriade de subtilités qui importent dans ces contextes?

Il n’est pas surprenant que des gens comme John Naughton, Zeynep Tufekci ou Hannah Fry écrivent si habilement sur Internet, les ordinateurs ou la science des données; Ils ont passé des années à chercher et à essayer de les comprendre.

Je crois qu’il serait plus facile d’enseigner à un scientifique qualifié comment écrire des articles perspicaces et accessibles que de transformer un journaliste en un véritable expert, par exemple, en l’apprentissage par machine.

Ce n’est pas pour dire que l’écriture est facile. L’écriture de pièces concises et intéressantes pour un public en général est une compétence qui ne vient pas naturellement à tous.

Il peut s’agir d’un processus pénible. Il n’en demeure pas moins qu’il est probablement plus facile  à apprendre que les subtilités de la science des réseaux ou des algorithmes – et, si tout le reste échoue, les éditeurs peuvent soigner l’écriture.

Une option envisageable : payer. Les scientifiques qui possèdent ces compétences de plus en plus demandées peuvent facilement exiger des salaires élevés, probablement plus qu’ils ne le gagneraient dans le journalisme.

Cependant, ce dilemme ne change pas l’argument de base : Maintenant, plus que jamais, les experts sont nécessaires de toute urgence.

Choisir les bonnes batailles

Les médias subissent d’énormes pressions dues à la diminution des revenues. Ils sont également hantés par une baisse de  la confiance de l’auditoire. Beaucoup ont été forcés d’examiner comment retrouver leur position en tant que sources d’information fiables.

Choisir les bonnes batailles sera la clé. Arrêter la propagation de la désinformation (fausses informations) est incroyablement difficile et les médias ne peuvent pas colmater ce trou seuls (à supposer que les fausses informations constituent un problème qui nécessite un colmatage).

Cependant, ce qui ne changera pas, quelle que soit la tempête dans laquelle le journalisme se trouve actuellement, c’est la nécessité de rapports précis, rigoureux et informatifs.

L’industrie devrait porter son attention sur cela. Surtout quand les sujets à l’intersection de la société, de la technologie et de la politique sont concernés- la cyber sécurité, l’analyse des Big data, la surveillance, les fuites discréditantes, pour ne citer que quelques-uns. Il est essentiel que le public comprenne pleinement leurs implications.

Le journalisme a besoin du meilleur de la science et du journalisme

Les médias ne peuvent pas obliger les gens à se renseigner sur ces problèmes. L’ignorance ou l’indifférence seront toujours difficiles à surmonter et ce n’est pas le travail du journalisme de résoudre ces problèmes. Il est également vrai que l’expertise a connu une mauvaise réputation récemment, notamment grâce aux affirmations selon lesquelles « les gens ont eu assez d’experts. » Dans ce climat, il pourrait sembler imprudent d’en embaucher encore plus.

Mais dans notre vie quotidienne, nous confions presque tout à des experts, des comptables à la mécanique, alors pourquoi ne devrions-nous pas faire la même chose en matière de journalisme? Finalement, apporter plus de scientifiques pourrait ne pas reconquérir ceux qui n’ont plus confiance en les médias.

Ce que ceci peut faire, cependant, c’est d’aider ceux qui se sentent dépassés à comprendre le sens des derniers développements socio-technologiques. Le journalisme peut fournir des faits, des chiffres et des opinions de la part d’individus qui ont une compréhension approfondie du sujet. Les experts peuvent mettre les choses en contexte et peuvent aussi peindre une image plus grande.

Ce commentaire n’est pas seulement un plaidoyer pour le journalisme pour compléter ses rangs avec plus de scientifiques, il est également un appel pour les scientifiques de prendre leurs stylos et s’impliquer. Maintenant, plus que jamais, le journalisme a besoin du meilleur des deux mondes.

Remarque : Cet article a été publié sur le site de l‘Observatoire Européen du journalisme (version anglaise) et traduit par Yosr Belkhiria.

Crédit photo @World_direction

 

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