La Déclaration arabe des principes de la liberté de l’information soumise aux chefs d’Etat

septembre 1, 2016 • Liberté de presse et censure • by

La cérémonie de signature de la Déclaration arabe des principes de la liberté de l’information

La cérémonie de signature de la Déclaration arabe des principes de la liberté de l’information

La cérémonie de signature de la Déclaration arabe des principes de la liberté de l’information s’est tenue il y a quelques semaines, à Tunis, à l’initiative de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) et ce, en coopération avec le Syndicat National des Journalistes Tunisiens. La Déclaration a été signée, le matin du même jour, par le Président de la République tunisienne, Béji Caïed Essebsi.

Cette déclaration intervient quelques mois après le lancement d’une initiative précédente par la FIJ afin de mettre en place un mécanisme pour le renforcement de la liberté de presse dans le monde arabe. Mais ce mécanisme n’a pas vu le jour en raison d’une forte opposition de la part des organisations de défense de la liberté de la presse. Cette déclaration, serait-elle capable, à elle seule, de fournir un cadre régional efficace pour la protection des libertés des médias arabes ?

L’ambition de la FIJ était de mettre en place « un mécanisme spécial pour la liberté des médias dans le monde arabe ». A cet effet, elle a lancé, début 2016, une série de concertations  destinée à « examiner la proposition technique de ce mécanisme ».  Une réunion consultative a été organisée à l’invitation conjointe du  Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) et du programme MedMedia de l’Union Européenne. Etaient partenaires à cette consultation, la FIJ et la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA).

Ces concertations devaient conduire à la création d’un mécanisme régional à l’image de ceux créés pour d’autres régions du monde. Néanmoins, ce mécanisme a soulevé une levée de bouclier de la part des défenseurs des droits de l’Homme et de la liberté de la presse car il fut considéré par des composantes de la société civile, atteinte à la liberté de la presse.

Les organisations arabes des droits humains ont cosigné un communiqué dénonçant « l’obstination de la FIJ à aller de l’avant, conjointement avec l’Union des journalistes arabes, dans l’établissement d’un « Mécanisme régional spécial pour la liberté d’information dans le monde arabe », sous le parapluie de la Ligue des États arabes. »

Les signataires ont justifié ce rejet par plusieurs arguments dont la « la possibilité de mettre ce mécanisme sous l’égide de la Ligue des États arabes ou certaines des organisations placées sous sa tutelle, alors que cette dernière est assujettie à des décisions et instructions émanant de régimes politiques considérés comme étant les pires dans le domaine du respect de la liberté d’expression et d’information dans le monde, tel que montré par tous les indicateurs locaux, régionaux et internationaux « , précise le communiqué.

Et malgré la vague de protestations soulevée contre le projet du mécanisme, la FIJ a annoncé cette déclaration qu’elle a qualifiée, dans son communiqué publié le 01 septembre 2016, de « premier pas vers le développement du mécanisme régional de liberté de presse dans le monde arabe ». Le mécanisme est censé assurer la protection effective des principes annoncés dans la déclaration.

Après quelques mois du lancement des concertations pour la mise en place d’un mécanisme et après la campagne de rejet et les critiques lancés par plusieurs ONG arabes et internationale relatives à la protection des journalistes, la FIJ n’a pas encore précisé si elle va poursuivre les négociations sur le mécanisme ou les abandonner.  Dans son communiqué, la FIJ précise que la déclaration n’est qu’un premier pas vers « l’élaboration d’un mécanisme régional dédié à la liberté de l’information dans le monde arabe ». Il est à noter qu’en dehors des grands principes de la liberté de la presse et des journalistes, la déclaration ne mentionne aucun détail sur les moyens ou stratégies de sa mise en œuvre.

En ce qui concerne le contenu de la déclaration, elle comporte 16 articles consacrés notamment à la liberté d’expression, au droit d’accès à l’information, au droit à la formation et au droit à protéger ses sources. Aucun détail ne figure sur les moyens de leur concrétisation ou sur l’infrastructure qui pourrait faciliter leur mise en place,  ces droits proclamés ne font que reproduire les textes internationaux relatifs à la liberté de la presse.

Les contestataires de ce projet de mécanisme soutiennent, de leur part, que le projet proposé porte atteinte aux principes de l’indépendance et de l’objectivité de la presse.

Les opposants n’ont tout de même pas rejeté ou critiqué la signature de la déclaration par les présidents des Etats Palestinien et Tunisien, Mahmoud Abbes et Béji Caïed Essebsi. La Déclaration semble en effet, avoir réussi à fournir un terrain d’entente entre les autorités publiques, considérées comme les ennemies ‘’naturels‘’ de la liberté de presse, d’une part et les organisations défendant les droits de l’Homme et la liberté de la presse, d’autre part. En principe, les Etats démocratiques veillent sur les libertés et droits humains, mais dans le monde arabe, l’Etat est considéré comme l’ennemi des libertés. La liberté de presse en Tunisie est un acquis de la Révolution certes, mais elle demeure une quête difficile à obtenir dans la plupart des pays arabes.  Il est peu probable dans ces conditions que la signature de la Déclaration par les chefs d’Etat  puisse restaurer la confiance de la société civile à l’égard de l’Etat.

 

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